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Je fais un métier pas très connu, je suis manipulatrice en radiothérapie. Manipulatrice en électroradiologie médicale, plus exactement. Quel nom barbare… Souvent on me prend pour une infirmière... Mon diplôme (DTS en imagerie médicale) me permet de travailler dans différents domaines : radiologie, scanner, IRM, scintigraphie, radiothérapie, vasculaire, etc… J’ai choisi la radiothérapie. Ou plutôt c’est la radiothérapie qui m’a choisi, au cours de mes trois ans d’études, comme une évidence…

Alors voilà, je suis manipulatrice en radiothérapie.

-« Quoi ? Tu passes ta journée à soigner des gens qui ont un cancer ? Moi je pourrais pas faire ça… »

-« Et bah, tu sais quoi ? Moi je ne pourrais ni passer ma journée à la caisse d’un supermarché ni entendre les cris des enfants dans une école ou encore assise derrière un bureau à taper sur un clavier… » Il faut de tout pour faire un monde, non ?

 

Pourquoi la radiothérapie alors? Pour son côté soignant, principalement. En radio ou au scan, vous prenez en charge un patient : bonjour – radio – au revoir ! En radiothérapie je vois mes patients dix minutes, cinq jours par semaine pendant plusieurs semaines (en moyenne). On apprend à se connaître, on les accompagne sur ce bout de chemin dans leur parcours de traitement, dans les bons et les mauvais jours, il faut gagner leur confiance et gérer les imprévus…

 

Aujourd’hui Mme X, 42 ans, cancer du sein, vient d'apprendre qu’elle a un mariage dans quelques semaines… La catastrophe !

-« Nan, mais vous ne vous rendez pas compte ! Je n’ai plus de cheveux, plus de cils ni de sourcils, j’ai le teint blafard, mes ongles sont tous moches… Qui a envie d’avoir Fétide Addams sur sa photo de mariage ? »

-« Calmez-vous Mme X. A chaque problème, sa solution ! Pour vos mains, ça ne fera pas des miracles mais testez donc ma crème (je sors ma dernière crème de ma poche et lui en mets une noisette sur la main). Pour vos yeux, allez donc faire un tour chez Sephora. Les filles vont vous apprendre à dessiner vos sourcils et pourquoi ne pas poser une paire de faux cils le weekend du mariage ? Vous savez qu’on a une socio-esthéticienne dans le centre qui vous donnera pleins de conseils ? Et puis la photo de mariage n’est qu’un détail ! L’important c’est que vous soyez présente auprès d’eux non ?»

C’est gagné ! On fait la séance de rayons et elle repart avec le sourire !

 

Mr Y, 81 ans, cancer ORL, claustrophobe a oublié de prendre sa prémédication d’anxiolytique, impossible de lui mettre le masque pour faire le traitement…

-« Mr Y, asseyez-vous, respirez calmement. Vous aimez la musique ? On se fait une petite chanson ensemble ? »

Je file chercher le cd de Jean Ferrat, je mets la musique à fond dans le bunker et on chante La Montagne en rigolant. Il est détendu, je laisse le cd tourner pendant la séance, je crois qu’il fredonnait encore en passant la porte du centre pour rentrer chez lui.

 

Voilà c’est ça mon métier. Bien sûr c’est moins épuisant quand tout se passe bien mais c’est ça qui rend notre boulot intéressant, le défi que nous lance le quotidien de nos patients. Au jour le jour c’est plutôt : déshabillage de patients, centrage dans la pénombre, gérer les contraintes des traitements : épidermites par-ci, vessie pleine par-là, ne pas bouger par-ci, une grand-mère qui a du mal à marcher qu’il faut installer sur le ventre par-là… Mais ça, finalement, on l’oublie vite, tout comme le fait qu’on travaille dans un bunker coupé de la lumière du jour pendant plusieurs heures.

A la fin des traitements je dis souvent à mes patients : « Allez, la radiothérapie est terminée, c’est une page qui se tourne, prenez soin de vous et oubliez-nous vite » Et parfois on me répond : « Vous rigolez ! Je ne vous oublierai jamais. Vous avez fait que je ne garderai pas un mauvais souvenir de la radiothérapie, alors merci ! ». Avec une phrase comme ça j’ai le smile toute la journée !

 

Mais la radiothérapie n’a pas que des bons moments… Ca reste un service de cancérologie avec des gens qui pleurent, qui vomissent, qui souffrent et qui meurent. Savoir se blinder, ne pas ramener les patients avec soi à la maison (dans sa tête bien-sûr), ne pas devenir parano (« Rolala, j’ai mal à la tête depuis plusieurs jours… C’est sûr, on va me trouver un truc bien pourri ! »).

 

Volontairement, je ne vous parlerai pas de la façon dont on me fait faire mon travail car cette partie-là me fait ne pas aimer mon métier ! Et ce n’est pas le sujet…

 

Alors voilà, je suis Nat, 31 ans, manip’ en radiothérapie depuis 8 ans, membre du CLUD (Comité de Lutte contre la Douleur), prochaine étape ? Etre formée en hypnose pour le bien-être de mes patients et vous savez quoi ? J’aime mon métier !